Le déclen­che­ment
(Same­di 23 à 10h30)

Pré­sident de séance : Patrick STORA, gynécologue‐obstétricien, vice‐président de l’AFAR

Inter­ve­nants :

  • Cécile LOUP, char­gée de recherche à l’Observatoire astro­no­mique de Stras­bourg (CNRS), pré­si­dente de l’AFAR
  • Danièle CARRICABURU, socio‐anthropologue, GRIS/CERMES, Uni­ver­si­té de Rouen (empê­chée en der­nière minute)
  • Claude‐Émile TOURNÉ, méde­cin, spé­cia­liste en gynécologie‐obstétrique, membre cor­res­pon­dant de l’Aca­dè­mia de Cièn­cies Mèdiques de Cata­lu­nya i Balears. Il dirige à l’Université de Per­pi­gnan le D.U. Nais­sance et Socié­té.

Enre­gis­tre­ment et trans­crip­tion

Le déclen­che­ment arti­fi­ciel de l’accouchement était presque anec­do­tique dans les années 60. En 1981 10% des accou­che­ments étaient concer­nés. À l’heure actuelle il a dépas­sé 20% des accou­che­ments, soit envi­ron 160000 femmes et bébés fran­çais chaque année.

Est‐il besoin de dire que la grande majo­ri­té de ces femmes et de ces bébés se por­te­raient tout aus­si bien, si ce n’est mieux, si l’on avait lais­sé le tra­vail se déclen­cher spon­ta­né­ment ? Plu­sieurs fac­teurs sont impli­qués et imbri­qués dans cette esca­lade. C’est le but de cet ate­lier de les cer­ner, puis de nous deman­der quelles consé­quences cela peut avoir, quel est l’enjeu de socié­té asso­cié.

Quelques ques­tions pour­ront nous ser­vir de sup­port :

I. Pour­quoi une telle aug­men­ta­tion ?

1) La méde­cine basee sur des preuves est un grand pro­grès. Mais elle a aus­si ses limites, elle n’est « que » sta­tis­tique. Elle pré­dit des risques, mais elle ne per­met pas de faire un diag­nos­tic. N’y a‐t‐il pas par­fois confu­sion entre risque et patho­lo­gie avé­rée ?

2) Le déclen­che­ment arti­fi­ciel n’est-il pas aus­si uti­li­sé pour des rai­sons orga­ni­sa­tion­nelles du ser­vice en l’absence de tout signe cli­nique ?

3) La sys­té­ma­ti­sa­tion du déclen­che­ment n’est-elle pas due en par­tie a cinq idées fausses :

— que le bébé est « fini » à 37 semaines ?
 — que accou­che­ment spon­ta­né ou déclen­ché « c’est pareil » ?
 — que le déclen­che­ment arti­fi­ciel ne pré­sente aucun effet secon­daire notable ni aucun dan­ger pour la mère et l’enfant ?
 — que de toute facon la nais­sance est neces­sai­re­ment un trau­ma­tisme pour le bébé ?
 — que les nour­ris­sons et les fœtus ne se « sou­viennent » pas ?

4) Pour­quoi cer­taines femmes le demandent‐elles ? Quelles sont les parts entre manque d’information, fin de gros­sesse pénible, contexte cultu­rel ?

5) Pour­quoi l’escalade continue‐t‐elle juqu’a uti­li­ser illé­ga­le­ment du Cyto­tec dans la poli­tique de cer­tains ser­vices, plu­tôt que de mettre toutes les forces des cher­cheurs dans l’amélioration du dépis­tage pré­coce de la post‐maturité ?

II. Que faisons‐nous vrai­ment, quel ave­nir pour ces enfants, pour la socié­té ?

Les neu­ros­ciences ont fait suf­fi­sam­ment de pro­grès pour que plus per­sonne ne puisse sou­te­nir que accou­che­ment spon­ta­né ou déclen­ché « c’est pareil ». Dans le pre­mier cas le pro­ces­sus est endo­gène, l’ensemble des deux orga­nismes règlent le bal déli­cat des pro­duc­tions hor­mo­nales. Dans le second cas le pro­ces­sus est gros­siè­re­ment diri­gé de facon exo­gène, il est impo­sé aux deux orga­nismes qui doivent donc répondre à une agres­sion exté­rieure.

Les neu­ros­ciences nous dévoilent aus­si que corps et esprit ne peuvent pas être sépa­rés, ils sont indi­vi­sibles. On parle main­te­nant du corps‐esprit. Notre mémoire est dyna­mique. Chaque évé­ne­ment modi­fie le réseau neu­ro­nal, les réponses synap­tiques à divers sti­mu­li, et même leur nombre.

1) Quelles traces un déclen­che­ment inutile peut‐il lais­ser dans le corps‐esprit d’une femme ?

2) Quelles empreintes cette « agres­sion » exté­rieure va‐t‐elle lais­ser dans le corps‐esprit du bébé ? Quelles sont les réponses nor­males d’un orga­nisme qui s’est sen­ti mena­cé dans son inté­gri­té (il n’est pas besoin d’être conscient pour cela) ? Ne risquons‐nous pas de voir une cer­taine pro­por­tion de ces enfants deve­nir agres­sifs ou colé­riques, ou bien insé­cu­ri­sés, ou sujets à un léger syn­drome de sen­ti­ment de per­sé­cu­tion, ou par­tiel­le­ment apa­thiques voire dépri­més car leur force vitale aurait été ampu­tée dès le départ ?

III. Et quelles conclu­sions et actions allons‐nous tirer de tout cela ?

Deux notes sur le déclenchement

(Claude‐Émile TOURNÉ)

• La ter­mi­nai­son de la gros­sesse reste glo­ba­le­ment un mys­tère. La plu­part des recherches convergent cepen­dant vers l’hypothèse veut que ce soit l’enfant qui déclenche l’accouchement parce que la satis­fac­tion de ses besoins est insuf­fi­sam­ment pour­vue. Ce serait donc bien une « rébel­lion » due à l’expérimentation déjà avant la venue au monde d’un manque, qui serait à l’origine de la rup­ture de la sym­biose ori­gi­nelle. La mère ne pour­voyant plus suf­fi­sam­ment aux besoins, l’enfant se résou­drait à déclen­cher les méca­nismes de son expul­sion.
• Le déclen­che­ment arti­fi­ciel du tra­vail de l’accouchement, inter­ve­nant avant la per­cep­tion de ce manque à l’origine du déclen­che­ment auto­ma­tique du tra­vail, se com­por­te­rait alors comme un manque à être, un défi­cit d’expérience réus­sie, de désir pri­mor­dial mani­fes­té et satis­fait. D’où peut‐être une dif­fi­cul­té à deve­nir à s’autonomiser comme sujet chez ces enfants expul­sés avant leur heure. Car ils font sou­vent payer cher à leurs parents ce manque à dési­rer en mani­fes­tant de façon incon­grue et intem­pes­tive leur exi­gence à être recon­nus comme êtres dési­rants.

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