L’expérimentation de mai­sons de nais­sances, ces éta­blis­se­ments indé­pen­dants gérés par des sages-femmes qui suivent les gros­sesses nor­males de A à Z et dans les­quels peuvent avoir lieu les accou­che­ments à bas risques sans médi­ca­li­sa­tion, est une prio­ri­té du plan péri­na­ta­li­té 2005 – 2007.

Depuis 3 ans, un groupe tech­nique consti­tué de sages-femmes, obs­té­tri­ciens, pédiatres, anes­thé­sistes ain­si que de repré­sen­tants d’u­sa­gers, planche sur le sujet, sous l’au­to­ri­té de la Direction de l’hos­pi­ta­li­sa­tion et de l’or­ga­ni­sa­tion des soins (DHOS, minis­tère de la san­té).

Le Collectif inter­as­so­cia­tif autour de la nais­sance (CIANE), qui repré­sente les usa­gers, réagit à la pro­po­si­tion du cahier des charges des mai­sons de nais­sances, dif­fu­sée au groupe de tra­vail par la DHOS en février 2008.

Pour le CIANE, ce cahier des charges est irre­ce­vable pour deux rai­sons prin­ci­pales :

  • • De fait, il ne pro­pose d’ex­pé­ri­men­ter que des orga­ni­sa­tions qui existent déjà : cli­niques ouvertes (1) et pôles phy­sio­lo­giques (2). Aucune solu­tion viable n’est appor­tée au pro­blème du finan­ce­ment ou de l’as­su­rance pour des struc­tures indé­pen­dantes, qui consti­tue­raient la véri­table inno­va­tion.
  • • Il exclut la créa­tion de struc­tures non atte­nantes aux mater­ni­tés — alors qu’une grande par­tie des pro­jets en cours de mon­tage cor­res­pondent à ce cas de figure — au nom d’une concep­tion de la sécu­ri­té qui n’est appuyée sur aucune don­née sérieuse. La meilleure indi­ca­tion en est que, chez nos voi­sins euro­péens, de vraies mai­sons de nais­sance, non atte­nantes, existent et ont fait leurs preuves. La sécu­ri­té n’est pas, comme on le croit en France, uni­que­ment liée à la tech­no­lo­gie mais tout autant à la bonne coor­di­na­tion des pro­fes­sion­nels et aux rela­tions de confiance qui se nouent entre la femme et la sage-femme.

Alors qu’au­jourd’­hui en France, les femmes sont de plus en plus nom­breuses à expri­mer le désir d’ac­cou­cher dans un envi­ron­ne­ment non médi­cal pour autant que tout se passe nor­ma­le­ment, nous ne pou­vons que déplo­rer la belle occa­sion per­due de créer des mai­sons de nais­sance conformes à leurs attentes. Ce n’est pas encore cette fois-ci que les femmes auront réel­le­ment le choix de leur lieu d’ac­cou­che­ment. Quel que soit le nom, il reste l’hô­pi­tal, en unique option. Notons que, de sur­croît, ces struc­tures per­met­traient de dimi­nuer le coût des gros­sesses et des accou­che­ments pour la col­lec­ti­vi­té (3) en amé­lio­rant la qua­li­té du ser­vice ren­du pour les femmes. Nous vivons déci­dé­ment dans un monde bien para­doxal !

Pour en savoir plus :

Notes :

(1) Les cli­niques ouvertes sont des for­mules don­nant accès au « pla­teau tech­nique » de mater­ni­té aux sages-femmes libé­rales qui y pra­tiquent les accou­che­ments de leurs patientes à bas risque.
(2) Les pôles phy­sio­lo­giques, par­fois appe­lés « salles nature », sont des espaces spé­ci­fiques au sein des mater­ni­tés.
(3) Économie cal­cu­lée de 750 euros par gros­sesse, accou­che­ment com­pris. Voir le docu­ment « Modélisation du cal­cul du coût glo­bal d’une gros­sesse en MdN » : http://​ciane​.nais​sance​.asso​.fr/​p​d​f​/​f​o​r​f​a​i​t​-​a​g​n​-​m​d​n​.​pdf