Lettre au Professeur François GOFFINETNous avons regar­dé avec beau­coup d’in­te­rêt l’é­mis­sion du maga­zine de la san­té — L’épisiotomie, un geste indis­pen­sable ? — dif­fu­sée sur France 5 le 16 octobre 2007​.Il est vrai que le temps de parole aus­si bien de la repré­sen­tante de l’AFAR que du repré­sen­tant du CNGOF était très court. Il est pos­sible que dans le mon­tage cer­taines pré­ci­sions aient été cou­pées.

Néanmoins nous sommes sur­pris que vous puis­siez affir­mer avec autant de cer­ti­tude que si le pra­ti­cien voit « un péri­née prêt à se rompre » il doit cou­per. Vous savez fort bien que les études ran­do­mi­sées des­ti­nées à tes­ter la pra­tique de l’é­pi­sio­to­mie sur « des péri­nées prêt à se rompre » n’ont mon­tré aucun béné­fice ; les déchi­rures graves ne sont pas dimi­nuées. Par exemple, Dannecker et col­lègues (Episiotomy and per­ineal tears pre­su­med to be immi­nent : ran­do­mi­zed control­led trial. Acta Obstet Gynecol Scand. 2004, 83, 4, p.364 – 8) concluent :

« Le fait d’é­vi­ter de pra­ti­quer une épi­sio­to­mie sur un péri­née « prêt à se rompre » aug­mente le taux de péri­nées intacts, celui des petits trau­ma­tismes péri­néaux, dimi­nue la dou­leur post-partum, sans effet adverse sur la mor­bi­di­té mater­nelle ou foe­tale. »

Les RPCs du CNGOF sur l’é­pi­sio­to­mie ne citent d’ailleurs aucune réfé­rence appuyant votre affir­ma­tion. Elles se réfèrent uni­que­ment à « l’art du pra­ti­cien ». Or l’art du pra­ti­cien a tout faux depuis presque un demi-siècle en ce qui concerne les sup­po­sés béné­fices de l’é­pi­sio­to­mie.

Voir notre dos­sier sur CianeWiki :
http://​wiki​.nais​sance​.asso​.fr/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​p​a​g​e​n​a​m​e​=​R​P​C​e​p​i​s​i​o​t​o​mie

Ce qui nous gêne le plus dans votre affir­ma­tion, hor­mis le fait qu’elle n’a aucun fon­de­ment scien­ti­fique, c’est que vous allez faire croire aux femmes que le pra­ti­cien doit abso­lu­ment cou­per si le péri­née est « trop dis­ten­du ». C’est une excel­lente façon de lais­ser les mains libres à une mau­vaise pra­tique de cer­tains de vos confrères. Rien de plus facile que de dire à une femme que l’on fait une épi­sio­to­mie car le péri­née va se rompre … Il y a peu on lui disait que c’é­tait pour sau­ver la vie du bébé, ou pour la pré­ser­ver des incon­ti­nences, ou pour sau­ver son péri­née trop tonique ou à l’in­verse trop fra­gile, affir­ma­tions toutes fausses, mais qui ont per­mis de pra­ti­quer des épi­sio­to­mies à tout va sur des mil­lions de femmes.

Que la méde­cine aient quelques bal­bu­tie­ments, ou fassent quelques erreurs de par­cours, c’est nor­mal, …, dans la mesure où il y a un mini­mum de métho­do­lo­gie scien­ti­fique et où le prin­cipe de pré­cau­tion a été res­pec­té : d’a­bord ne pas nuire, ne pas inter­ve­nir sans être cer­tain que les béné­fices sont supé­rieurs aux risques. Mais dans le cas de l’é­pi­sio­to­mie tout a été fait à l’en­vers : géné­ra­li­sa­tion mas­sive sur des idées pré­con­cues, puis études scien­ti­fiques qui ont démon­tré que la balance penche net­te­ment vers les risques.

Dans une affaire comme celle du sang conta­mi­né gar­der le silence est impos­sible, il y a mort d’homme. Une épi­sio­to­mie par contre c’est « peu de chose », il n’y a pas dan­ger de mort. Juste quelques femmes « douillettes » qui devraient « consul­ter un psy­cho­logue ou un sexo­logue » (sic, cela vient des témoi­gnages). L’épisiotomie qua­si sys­té­ma­tique a sévi sur deux géné­ra­tions de mères. Ca fait com­bien de mil­lions de femmes à votre avis ? Combien de mil­lions de couples ? En ce sens l’é­pi­sio­to­mie géné­ra­li­sée est une erreur médi­cale de très grande ampleur car elle touche un pour­cen­tage impor­tant de la popu­la­tion fran­çaise. Les usa­gers appré­cie­raient que les méde­cins acceptent enfin de faire face à leurs res­pon­sa­bi­li­tés et recon­naissent cette erreur. C’est une atti­tude qui serait pro­fi­table à tous. Elles per­met­traient à des couples par­ti­cu­liè­re­ment tou­chés par les consé­quences à long terme d’al­ler vers la gué­ri­son psy­cho­lo­gique en ayant enfin au moins une recon­nais­sance. Elle dimi­nue­rait aus­si vrai­sem­bla­ble­ment le nombre d’ac­tions en jus­tice qui a lit­té­ra­le­ment explo­sé ces der­nieres années, pour diverses rai­sons, dont le res­sen­ti­ment n’est pas la moindre.

Lors de la sor­tie des RPCs du CNGOF le CIANE vous avait déjà envoyé un cour­rier auquel vous n’a­vez mal­heu­reu­se­ment jamais répon­du (à moins que vous ne l’ayez pas reçu ?) : http://​www​.ciane​.info/​a​r​t​i​c​l​e​-​7​2​0​1​9​4​1​.​h​tml

Nous publie­rons cette lettre, et bien enten­du votre réponse, sur la page :
http://ciane.net/wiki/pmwiki.php?n=Ciane.France‑5 – 16-octobre-2007

Cordialement,
Cécile Loup
Porte-parole du CIANE