Cette réponse du Ciane a été ini­tia­le­ment publiée en com­men­taire à l’ar­ticle daté du 4 octobre 2010 dans Lefigaro​.fr : Faut-il reve­nir à l’ac­cou­che­ment à domi­cile ? La réponse de Roger Henrion, pré­sident de l’Académie natio­nale de méde­cine http://​www​.lefi​ga​ro​.fr/​s​a​n​t​e​/​2​0​1​0​/​1​0​/​0​3​/​0​1​004 – 20101003ARTFIG00263-faut-il-revenir-a-l-accouchement-a-domicile.php

L’étude amé­ri­caine (1) à laquelle le Pr Henrion fait allu­sion est en fait une méta-analyse qui regroupe des études effec­tuées dans des pays occi­den­taux, donc cer­taines sont anciennes (années 1970) et d’autres s’ap­puient sur une métho­do­lo­gie qui rend hasar­deuse la dis­cri­mi­na­tion entre les accou­che­ments pré­vus à domi­cile pré­vus et ceux qui y ont lieu de façon inopi­née. La métho­do­lo­gie de cette ana­lyse a été lar­ge­ment cri­ti­quée dans le monde scientifique(2).

La lec­ture de cette méta-analyse per­met de consi­dé­rer d’autres résul­tats : si on consi­dère la mor­ta­li­té péri­na­tale (mor­ta­li­té de 20 semaines de gros­sesse à 28 jours après la nais­sance) et non plus la mor­ta­li­té néo­na­tale (décès dans les 28 pre­miers jour de vie), il n’y a pas de dif­fé­rence entre les femmes qui ont PREVU un accou­che­ment à domi­cile et celles qui l’ont pré­vu en hôpi­tal. Ces chiffres portent sur 300 000 nais­sances, ce qui est consé­quent.

Or, les auteurs de l’é­tude ne reprennent dans leurs conclu­sions que les chiffres de mor­ta­li­té néo­na­tale, issus de l’a­na­lyse d’en­vi­rons 30 000 accou­che­ments. Une grande par­tie de ces chiffres pro­vient d’une des étude amé­ri­caine dont la métho­do­lo­gie a été cri­ti­quée (dis­cri­mi­na­tion entre domi­cile prévu/inopinée) et dans un contexte où les sages-femmes exercent de façon non inté­grées au sys­tème de soins.

A l’in­verse, une grosse étude néer­lan­daise a été exclue du cal­cul de la mor­ta­li­té néo­na­tale, alors que les don­nées qu’elle apporte sur les mor­ta­li­té néo­na­tale pré­coce (7 jours) sont en faveur d’un risque non accru pour l’ac­cou­che­ment à domi­cile.

Les futurs parents, les femmes, les familles, tout comme l’é­di­to­ria­liste du BMJ T. Delamothe (3) s’é­tonnent que sou­dain, les chiffres de mor­ta­li­té péri­na­tale semblent ne plus avoir aucune impor­tance. Ils s’é­tonnent aus­si que cette autre conclu­sion, issue elle aus­si des 300 000 accou­che­ments consi­dé­rés dans la méta ana­lyse, « les femmes ayant pré­vu une nais­sance à domi­cile ont eu moins d’infections, de déchi­rures, d’hémorragies ou de réten­tion pla­cen­taire » ne soit pas men­tion­née

Usagers « acti­vistes », nous ne sou­te­nons que de la jus­tesse des infor­ma­tions trans­mises aux familles et de leur liber­té de choix. L’utilisation de cette méta-analyse amé­ri­caine comme appui aux convic­tions du Pr Henrion relève de la dés­in­for­ma­tion.

E.Phan (Ciane)

(1) Wax JR, Lucas FL, Lamont M, et al. Maternal and new­born out­comes in plan­ned home birth vs plan­ned hos­pi­tal births : a metaa­na­ly­sis. Am J Obstet Gynecol 2010;203:243.e1‑8. Voir tra­duc­tions de com­men­taires cri­tiques sur http://​www​.ciane​.info

(2) Gyte G BMJ 2010 ; 341:c4033

(3); BMJ 2010;341:c4292