Marseilles2010
(2010)
"Du bébé rêvé au bébé réel : paroles de parents"
Préparation commune
qui sera débattu dans le cadre d'un colloque des réseaux régionaux, à Marseille le 26 novembre, dont le thème général sera : "Élaborer le lien, le préserver et le renforcer".
Merci tout d'abord à Constance Minet pour son travail de synthèse à partir des témoignages reçus ! Constance sera la porte-parole du Ciane ce jour là ; elle est aussi représentante du Ciane au réseau Périnat-Sud et membre de l'AFAR.
Le temps de parole sera seulement de 10 minutes. Il s'agit donc d'ouvrir un débat avec les personnes présentes - pour la plupart des professionnels de santé.
(...) Merci d'avance pour vos idées, et merci aussi à celles/ceux qui ont déjà envoyé des documents dans la phase initiale...
Bernard
Du bébé rêvé au bébé réel : paroles de parents "Élaborer le lien, le préserver et le renforcer"
Présentation (ultra rapide) du CIANE
(proposition de flèche chronologique en soutien de la présentation qui suit :)
l'enfance de la future mère
le lien entre une mère et son enfant à venir s'élabore bien avant la conception du bébé. Dès l'enfance de la mère - qu'elle soit bercée par les récits de princes charmants et de princesses qui "vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" ou qu'elle ait un histoire plus trouble, un aperçu de la vie familiale plus traumatique - la future mère imagine ce que sera sa vie de maman, idéale ou pas....
Elle hérite également de toute une histoire familiale (psycholgénéalogie)
(illustration possible avec des images de livre pour enfant...)
la conception
Arrive ensuite le moment de la conception, et toute l'importance que prend le contexte dans lequel elle à lieu. enfant désiré, attendu, voire programmé,... ou surprise plus ou moins inattendue...
"Je suis tombée enceinte au moment où j'ai perdu ma mère et je crois que ça a alimenté une certaine morbidité. Bref, pas rigolo, alors que je pensais ne pouvoir être qu'une future maman épanouie le jour où je serais enceinte ! "
annoncer la nouvelle / la place du père
Les circonstances de l'annonce sont également très importante pour établir un lien. le père est-il présent, étayant ? le projet de naissance est-il projet de couple ? (place du père et haptonomie...)
"Je dois dire que pendant la grossesse, j'ai trouvé cela extrêmement abstrait de "devenir parent et père", et j'attendais tout simplement que cela arrive... il n'y avait pas d'autre réalité pour moi autre qu'écouter et accompagner C.. à part peut-être les coups de pieds et/genoux de la petite sur le ventre, et la rituelle échographie (on y allait tous les mois car C était arrêté en congé pathologique, avec recommandation de rester couchée), c'était surtout une attente... longue, très longue !"
songer à l'avortement
la question cruciale : le garder ou pas vient déjà perturber le lien. (témoignages des mères adolescentes à qui on impose de se poser la question)
N. T., 16 ans, va pour un suivi de grossesse. « C'est pour quand l'IVG? ». N.T répond qu'elle veut le garder. La personne, surprise : « Mais vous allez avoir un bébé ?! ». 2 gynécologues et le CHUV ont refusé de la suivre parce qu'elle était mineure. F.S, 15 ans : « La gynécologue avait préparé le dossier pour l'avortement sans s'être inquiétée de ma décision. ».T.I, 19 ans : L'assistant social réagit à l'annonce de la grossesse : « Mais il faut avorter! ».
Pour la mère qui décidera ensuite de garder son enfant... la culpabilité d'avoir voulu s'en séparer (témoignage d'une mère ayant pris la pilule du lendemain à contrecœur, suite à un malentendu avec son compagnon. le bébé a un an et les deux parents souffrent toujours de cet épisode de leur histoire de famille)
rêver de la grossesse et de l'accouchement
la grossesse démarre, le bébé est encore si "abstrait" que beaucoup de futures mères disent alors "je réalise pas" par contre elle réalise qu'elles sont enceinte et si elles ont du mal à concevoir la réalité du futur enfant, elles commencent à imaginer leur grossesse et leur accouchement. (voir illustration d'un livre pour enfant sur la naissance, à scanner)
je n'avais pas (ou peut être inconsciemment) de rêve pour mon bébé. J'étais plutôt dans l'angoisse et la peur que ça ne se passe pas bien ( déformation professionnelle oblige peut être), d'autant que j'ai fait une MAP à 6 mois et qu'il ne grossissait pas bien.
pendant la grossesse (examens et autres)
- le test des marqueurs sériques, l'amniocentèse, l'angoisse de l'attente des résultats, les mères qui disent "je préfère ne pas m'y attacher au cas où..."
- l'échographie : l'aspect intrusif (témoignages), quid de l'écho 3D dans l'imaginaire des futurs parents ?
- fille ou garçon, pour certains parents la réponse à cette question a une valeur immense dans l'élaboration du lien avec le futur bébé (témoignage d'une mère enceinte de jumelles alors qu'elle avait deux fille de 1 et 2 ans)
- la peur du handicap : "tant qu'il est en bonne santé !.."
la position du professionnel face à l'ambivalence des sentiments de la futures mères envers leur enfant à venir : phénomène connu en psychologie mais pas toujours compris et accepté de l'entourage de la femme enceinte.
on a un sentiment bizarre, coupable, de se demander pourquoi on s'est embarrassé d'un petit bout vu la fatigue accumulée [...] cependant mon petit bout il est adorable, il est beau comme tout il a bien profité et pour rien au monde je ne reviendrai en arrière.
l'accouchement
l'accouchement arrive, il a été imaginé, c'est sûr et ce fantasme s'est enrichi pendant 9 mois de toutes les âneries que la femme enceinte a entendu comme témoignage alarmiste et histoires glauques (cf sketch de Florence Foresti sur le sujet).
Angoisse et peurs diverses (inconnu, impuissance, douleur...) sont au rendez-vous et avec elles tout un tas de manifestation dont le corps médical se passerait très volontiers : agressivité, résistance, contraction....musculaire mais aussi émotionnelle, intellectuelle...
l'accouchement rêvé devient réalité, le lien avec l'enfant se tisse aisément.... super ! A la naissance de L., j'ai beaucoup aimé le peu de monde en salle d'accouchement (surtout une sage-femme, parfois nous étions tous seuls, le gynéco n'est arrivé qu'au moment de la délivrance), ce qui amenait une ambiance simple et paisible ; à partir de l'accouchement, ils nous ont laissé deux heures tous les trois tranquilles, avant de revenir pour la toilette, etc. ce qui était aussi très agréable.
l'accouchement vire au cauchemar ou dévie simplement du fantasme (ventouse, forceps, césarienne en urgence ou pas...etc) et les peurs reviennent en force... le lien nécessitera alors de sécuriser les parents pour qu'ils puissent établir ce lien... "Je suis en larmes. La douleur est terrible mais surtout on ne me croit pas et on me hurle dessus. Je suis dans un tourbillon de bruit, de stress et de douleur. J’entends la sage-femme hurler : « Bon ça suffit maintenant vous n'aller pas vous mettre à pleurer. Vous avez eu votre péri ! Et puis vous poussez n'importe comment. Faites donc un effort ! »" extrait de la lettre de Mme D.
le séjour en maternité
les premiers jours en maternité et les ruptures physiques entre la mère et le bébé qui peuvent être vécues avec violence par la mère...
- césarienne(témoignages)
- pouponnière-nursery (témoignages)
- soins/examens hors de la présence de la mère extrait d'une lettre adressée à une auxiliaire de puériculture "vous êtes venue à 7 heures du matin prendre le berceau dans ma chambre : « Où allez vous avec mon bébé ? Je vais faire sa toilette. Je viens avec vous. Non, j'ai dix toilettes à faire ce matin et je n'ai pas le temps de vous montrer. » hop, vous voilà partie avec mon enfant âgée de 14 heures. [...] Je retrouve ma fille dans une salle de bains à la lumière éblouissante, nettoyée et parfumée comme une poupée. Dans ce moment si précieux de ma vie où je découvrais la maternité, vous m'avez volé ce temps magique de la rencontre.
- couveuse (problématique spécifique pour les prémas)
la mise en place de l'allaitement ou le droit de choisir le biberon (effet des conseils contradictoires et des jugements, terroristes de l'allaitement en tout genre... etc)
le retour à la maison
le retour à la maison, le vrai moment du choc entre l'enfant rêvé et l'enfant réel... fatigue et solitude, sentiment d'impuissance, peur d'être une mauvaise mère...etc
“ Je pense qu’il est important d’avoir un entretien pour les mamans ayant mal vécu leur accouchement. D’autre part, il serait intéressant d’avoir la visite d’une sagefemme ou d’une puéricultrice une fois rentrée à la maison. Je ne m’attendais pas à faire un baby blues et pourtant ça a été le cas. Des séances post-naissance avec d’autres mamans seraient les bienvenues. Je pense que le suivi post-natal est insuffisant. ”
CONCLUSION :
informer et non conseiller... pour que les parents fassent leurs propres choix, un choix éclairé
soutenir, rassurer et non pas agir à la place des parents ce qui était bien aussi était l'accompagnement pendant les quelques jours à la maternité : les sages-femmes (ou infirmières ?) passaient très souvent pour savoir si on avait besoin d'aide... ce qui permettait de poser des questions toutes bêtes, ou le plus souvent rien du tout, mais ce qui était très rassurant... [...] peut-être c'est justement cet aspect qui serait à "travailler" : la transition entre la maternité très encadrée et la maison ; que les professionnels nous fassent un peu préparer, visualiser ce retour, comment on va faire... l'élément essentiel pour moi dans tout ça étant la capacité d'écoute et le temps disponible des personnes auprès de nous... ce qui a été plutôt bien fait ! (témoignage d'une jeune maman qui a vécu chez ses parents les premiers temps : sa mère prenait soins de sa fille à sa place pour la soulager mais se faisant, elle a créé le sentiment chez la jeune accouchée de ne pas savoir bien faire > dépression)
Retour de l'intervenante
mais je ne sais pas comment, j'ai réussi à tout dire en faisant des liens avec les interventions précédents. J'ai été surprise de voir que personne ne connait le CIANE... maintenant, il y en a plus !
très enrichissant en tout cas. il y avait deux types d'approche du sujet "élaborer le lien...." : du côté du bébé, et du côté des parents. j'ai pas mal appuyé sur le sujet de l'échographie, des jeunes parents, des tests de dépistage et l'angoisse de mort (du bébé mais aussi de la mère) ou de handicap ; et sur le regard des soignants que j'avais appelé "de la mère rêvée à la mère réelle" parce que c'étaient les sujets que les autres intervenants n'avaient pas évoqué.
Modif. December 01, 2010, at 09:49 PM<br />(:addThis username="xa-4b5388e32c732dfe" btn="lg-share":)