DiscussionOcytocine2012

Pourquoi a-t-on institué l'ocytocine systématique (pendant le travail)? Discussions Françoise Bardes, Paul Cesbron, Madeleine Akrich

(FB)

je pense que la raison pour laquelle on a institué l'ocytocine systématique: si péridurale, on observe un ralentissement du travail.

Un travail lent est synonime de dystocie, donc on préfère accélérer pour etre sur qu'il n'y a pas de dystocie, surtout que l'ocytocine est un produit anodin!!!

La question de que faire si le travail est lent n'est pas une question posée jusqu'a maintenant dans le hopitaux. Si lent la patience a des limite si avance pas avec ocytocine=intervention musclée.

Ce qu'on voit dans le travail accompagné que ça peut etre lent et ça peut evoluer bien est une option rarement retenue a l'H(sauf hasard: nuit et on donne un calmant pour que la dame reste tranquille, ou equipe débordée ne s'occupant pas du fait ue ça n'avance pas!!).

A ma connaissanc le nombre d'interventions imposées sans preuves est tres élevé(certaines grace aux anglosaxons qui les ont d'abord introduites sont également du fait des memes anglo-saxon en voie de diminution!!!: monitorage, episio, coucher les femmes, raser, faire jeuner, perfuser....


(PC) L'Ocytocine est synthétisée en 1950. Elles est commercialisée en 1953 et remplace rapidement ce qui était utilisé auparavant très empiriquement (en particulier les dérivés de l'ergot de seigle, type méthergin) dans les déclenchements pour pathologies puis pour convenances (médicales ou materno-familiales ou sociales, ou...). Le "miracle" est parfait: sur le plan théorique on ne fait qu'utiliser l'hormone naturelle (synthétisée) du travail (contractions utérines) et sur le plan pratique, son efficacité est stupéfiante. Dangereuse, mais malgré tout utilisée en s/c ou en I.M.dans un premier temps, son utilisation est considérée comme parfaitement maitrisée par le recours systématique à la perfusion à débit contrôlée en I.V. On apprécie alors la tolérance utérine et materno-fœtale en permanence. Les autres modes d'administrations sont alors interdits. Il en est de même pour les présentations non physiologiques, les dystocies pelviennes (sauf épreuves du travail) et les situation d'urgence grave: HRP, PP, Cordon procident, éclampsie...

Le caractère nettement plus douloureux que les C.U. physiologiques, lors du recours à ce procédé est alors admis sans trop de difficultés. En effet le but théorique d'une telle attitude thérapeutique est de traiter, comme le signale Françoise, les dystocies fonctionnelles (non mécaniques) dont on estime dès les années 60, mais cette position auparavant empirique est depuis longtemps admise, qu'elle génère une succession de pathologies (épuisement materno-fœtal) et de iatrogénies diverses: incisions du col utérin, forceps élevés et avant dilatation complète, efforts expulsifs intempestifs, pressions abdominales de grande puissance (recours (de force) à la "force" des maris!)... en un mot comme en mille, et de nombreuses séries l'étayent à l'époque: morbidité et mortalité foeto-maternelles sont statistiquement liées à la durée du travail. Il s'agirait non pas seulement d'une corrélation mais bien d'un lien de causalité (hors divers autres pathologies). Sur la base de nombreuses séries internationales publiées à l'époque (à ressortir si l'on veut instruire ce dossier), l'OMS va diffuser dans le monde les anomalies du partogramme (qui devient un outil scientifique reconnu) justifiant le recours à l'ocytocine de synthèse.

Par ailleurs pour les pays (GB, USA, Canada et autres dominions...) la culture du déclenchement de "convenances" s'est beaucoup développée. Dans le 1° N° de l'Américan Journal of O.and G (1920) Reed défendait l'idée qu'à la maturité foetale, il était légitime de provoquer l'accouchement en raison même des risques liés à la poursuite de la G.. Toutefois dans ce même numéro, Holmes s'élevait contre cette proposition en raison des risques importants d'erreurs de terme et Williams parce qu'une telle attitude allait accroitre dangereusement le taux de césarienne.

L'anesthésie (chloroforme, éther, protoxyde d'azote) apparait dans cette aire culturelle (ce que veut sans doute dire Françoise) comme un élément de "progrès" considérable et va progressivement aboutir à l'idée que pour être sûr de l'obtenir dans les meilleures conditions, il suffit de déclencher le travail à partir de 38 s.a.Et la pratique va se généraliser.

De nombreuses critiques vont cependant apparaitre liée aux erreurs de termes et aux échecs nécessitant le recours à la césarienne si l'on a pratiqué la rupture artificielle des membranes, ce qui est très fréquent.

La France pour des raisons sans doute culturelles (à analyser) n'a pas accepté facilement le déclenchement de convenance à l'exception d'auteurs Toulousains et de quelques autres. Claude Sureau au XXXIX° Congrès des G.O. de langue française en 1982 à Dakar, dans un discours aux intonations prométhéennes en a défendu le principe. La Péridurale est venue réconcilier tout le monde et généraliser le principe de "l'accouchement assisté" ou du "travail médicalisé", concept défendu et enseigné en France dans tous les manuels d'Obstétrique destinés aux médecins en formation de spécialité: R. Merger, R. Vokaer, J.Lansac, E.Papiernik, D.Cabrol... D'autant que la systématisation de la cardio-tocographie va conforter le point de vue d'une maîtrise toujours plus grande de la mise au monde des bébés.

Ce n'est donc pas seulement les "bienfaits" de la "puérile toute puissance scientiste des médecins" qui leur a mis dans leur pauvre crâne, la sotte idée que "plus c'est médicalisé, mieux c'est!", mais aussi le scientisme dominant de la culture occidentale, la domination masculine, et pour compléter, des données épidémiologiques insuffisamment critiquées en raison d'obstacles épistémologiques particulièrement démonstratifs de la construction d'erreurs méthodologiques.

De telles erreurs ne peuvent, pour moi, être corrigées que de l'extérieur des groupes sociaux qui les ont produites. Et précisément par ceux qui en font les frais. Paramitiés pour d'assez nombreuses Sages-femmes et de moins nombreux médecins, je dirai par aussi quelques professionnels "marginaux". Outre cet exemple et l'épisiotomie, bien d'autres ont été commises: le décubitus dorsal durant le travail, les gestes violents imposés aux bébés à la naissance, les différentes séparations mère-enfant, la diffusion (intéressée) des laits artificiels...

Tout cela n'a pas pour but d'accabler les professionnels (j'en suis), mais bien de leur porter secours (!) afin de limiter, au mieux le renouvellement des malheurs que l'on peut éviter.

Et comment? C'est le CIANE et la plupart des associations de parents, familles, malades et tout simplement citoyens qui apportent les réponses à cette question. , et non pas "usagers", qui rabaisse toutes les formes de citoyenneté au niveau de la consommation, conception des rapport humains qui génèrent ce que le CIANE dénonce: "la servitude volontaire" et la boulimie d'un mode de production de biens inutiles et dangereux...D'ailleurs la loi du 4 Mars 2002 l'avait partiellement compris. Ce n'est qu'un début...

Une étude personnelle et récente (non publiée), montre clairement, avant l'utilisation de l'ocytocine sur une série de 22 morts maternelles durant la période 1933-1963, la rareté des hémorragies dans les causes de tels accidents. Il n'y avait (hors mortalité liée aux avortements) qu'un seul décès consécutif à une hémorragie lors d'un placenta proevia.


(MA) Très intéressant effectivement. C'est quoi précisément ce a quoi tu fais allusion dans le passage plus bas?

Par ailleurs 22morts maternelles, ce n'est un peu court pour tirer des conclusions?


(PC) Madeleine, voici quelques éléments de réponse.

Sur l'idée "d'obstacle épistémologique", je reprends ce concept de G.Bachelard ( "Le Nouvel Esprit scientifique" 1934 et "La Formation de l'esprit scientifique" 1938) développant l'hypothèse qu'un moment de la science constitue un ensemble"d'idées s'inscrivant dans un système de pensée", hypothèse qui sera reprise par M.Foucault en particulier dans "Naissance de la clinique", qui crée des techniques, tant matérielles que dans la construction conceptuelle. Le succès de ce travail interne de rationalisation d'un domaine entraine une homogénéité de conception si forte qu'elle s'oppose à toute tentative d'émancipation tendant à la subvertir. Les résistances à cette transformation paraissent fortement fondées et ne peuvent être surmontées que par un renouvellement qu'il nomme: "révolutions spirituelles nécessaires à l'invention scientifique".

Au sortir du 18°, la médecine s'inscrit dans une rupture d'avec le "mode de pensée hippocratique-galénique et jette les bases de la conception anatomo-clinique. Tenon a pour ambition de faire de l'hôpital "une machine à guérir". La rationalité de la démarche est confortée par les théorisations de Claude Bernard sur la médecine expérimentale et la compréhension des mécanismes de la contagion par L.Pasteur en particulier. Asepsie, antisepsie, anesthésie puis antibiothérapie permettent aux techniques de chirurgie de rapidement progresser. Nous tenons là cette unité de conception si forte qu'elle s'oppose à toute tentative d'élargissement et d'approfondissement de notre champ d'action. Il lui faut cette "révolution spirituelle" qui passe en ce qui concerne notre sujet par la rupture d'avec la domination masculine et la compréhension du rôle du "patient", de son savoir, de son histoire, du respect de la dignité de la personne, en l'occurence, des femmes et de leurs bébés, comme fondateurs du "soin", c'est à dire de la relation "thérapeutique". Rappelons cette curiosité que la grossesse et l'accouchement sont considérés, en France plus que dans les pays "anglo-saxons" comme des phénomènes physiologiques pour lesquels il y lieu de s'assurer du bon déroulement, sans intervenir en dehors des pathologies diverses qui peuvent cependant les affecter: "Primum non nocere". On sait ce qu'il en est.

Reste bien sûr les spécificités nationales. J'ai proposé comme hypothèse notre forte originalité démographique depuis la fin du 18° et l'interiorisation professionnelle du rôle premier des médecins dans "la protection de la natalité", s'appuyant sur cette idée essentielle que la maternité est une chose trop sérieuse au regard de l'intérêt des nations, pour en laisser la responsabilité aux femmes.

Quant aux 22 morts maternelles ne comportant qu'une hémorragie responsable du décès, bien que très éloignées des chiffres actuels (plus du 1/3 des décès imputables aux H.de la D.),elles n'ont pas valeur scientifique (plus exactement je ne l'ai pas vérifié), mais elles incitent à tenter d'y voir plus clair dans cette histoire. Je vais essayer de poursuivre ce travail, que j'aurai souhaité confier à une ou un historien, possédant les dossiers cliniques et administratifs de la Maternité où j'ai travaillé à partir de 73, depuis son ouverture en 1933.


(MA) OK, je ne suis pas sûre d'être d'accord avec ce type d'explications qui a un petit côté tautologique: si on reste dans une certaine perspective, alors on dira qu'il y avait des obstacles épistémologiques, si on en change alors on postulera l'existence d'une révolution spirituelle...

Je pensais que tu mettais des choses concrètes derrière cette notion, c'était le sens de ma question...

Tu possèdes TOUS les dossiers de la maternités depuis 1933?? Comment c'est possible? ça doit faire un fond énorme: tu as une grande maison peut-être?


(PC) Tu excuseras mes faiblesses philosophiques qui sont bien réelles celles-ci. Quant aux dossiers de la Maternité de Creil depuis sa fondation, ils sont aux archives départementales de l'Oise, municipales de Creil et j'en ai quelques unes dans ma peite maison.


Modif. August 22, 2012, at 09:39 PM<br />(:addThis username="xa-4b5388e32c732dfe" btn="lg-share":)